Papier ou Pixels: Question de société

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Aujourd’hui l’univers du livre est en pleine mutation : le papier se fait progressivement absorber par l’informatique. La question environnementale s’immisce au cœur de cette évolution : à l’heure où la déforestation est pointée du doigt, le livre essuie de nombreuses critiques malgré la création de labels certifiant les papiers provenant de forêts gérées durablement, comme les labels PEFC ou FSC. On consomme en effet 339 millions de tonnes de papier chaque année, et les chiffres sont à la hausse. Dans ce sujet controversé, certains prônent le tout-recyclé, d’autres encore préconisent un changement radical en passant au tout-électronique. Prenons le temps d’examiner cette seconde option…

Les « tares » écologiques du livre traditionnel sont connues : sa fabrication est coûteuse en bois, en énergie, et en encre. Par ailleurs, ses éditions doivent être constamment renouvelées, notamment dans la presse et dans le domaine scolaire. A côté de lui, le livre électronique semble cumuler tous les avantages : le seul support est un écran qui diffuse toutes les informations que l’on souhaite, le disque de stockage prend un minimum de place (au contraire d’une bibliothèque), au contenu normalement immobile peuvent s’ajouter des animations ou des vidéos, plus besoin d’acheminer les livres puisque le contenu s’affiche ou se met à jour automatiquement…

Mais la comparaison est–elle toujours aussi intransigeante quand il s’agit du bilan carbone ? Et de la pérennité du contenu ?

la mort du livreEn effet, les processus de fabrication moderne du livre-papier ont permis d’allonger très sensiblement sa durée de vie. Aujourd’hui chacun peut encore trouver chez soi des ouvrages qui ont souvent plusieurs décennies d’âge. De plus, le livre fabriqué en fibres recyclées réduit de 40% les émissions de carbone rejetées lors de la fabrication traditionnelle, sans compter les arbres épargnés. Des encres végétales, non polluantes, permettent aussi d’éviter l’utilisation de chlore pour le blanchissement du papier. Mathématiquement, il s’agit à ce jour de la solution plus écologique.

Le disque de mémoire magnétique, lui, s’éteint généralement en moyenne au bout de 10 ans. Il faut donc enregistrer régulièrement l’information sur un nouveau support de stockage. Par ailleurs, la fabrication des supports de stockage en question est très coûteuse en énergie. On a calculé, par exemple, que si la fabrication d’un livre traditionnel consomme 1.3 kg de CO2, la fabrication d’une tablette électronique en coûte, elle, 100 fois plus. Il faudrait donc lire 80 livres par an pour la rentabiliser ! Et il n’est pas souvent fait mention non plus de tous les métaux lourds que nécessite son élaboration. Par ailleurs, le secteur des nouvelles technologies se renouvelle sans cesse, d’où le fait qu’un de ces appareils est souvent considéré comme obsolète au bout d’à peine deux ou trois ans.

La crise du monde de la presse papier face à l’explosion d’internet témoigne des profonds changements en train d’opérer dans la société suite aux avancées technologiques de notre époque. Certains envisagent d’ailleurs la disparition de la presse papier d’ici quelques décennies au profit d’une presse virtuelle, sans cesse mise à jour avec du contenu nouveau. Il paraît donc presque inéluctable que le support papier soit un jour remplacé définitivement par le support électronique, en tout cas dans la plupart des domaines.

Mais ceci n’empêche pas que des efforts doivent être effectués, chez le fabricant aussi bien que chez le consommateur, en matière de support numérique, s’ils souhaitent que cette innovation conserve son ambition écologique de départ. Il faudrait débattre des matériaux utilisés dans la conception de tels appareils (plastique, lithium…), et, surtout, le consommateur doit apprendre à se responsabiliser: il peut se satisfaire durablement du produit dont il s’est doté, sans avoir besoin de le renouveler tous les deux ans, comme en témoigne la frénésie d’achat de téléphones portables par exemple.