Gaz de Schiste en France: Ou en sommes nous?

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Ce mois d’avril 2018, ponctué de plusieurs manifestations « anti-gaz de schiste », a connu une intensification de la polémique entourant l’extraction des gaz de schiste : pour, ou contre une exploitation sur le sol français ? Car il existe des gisements sur le territoire, des gisements qui pourraient figurer parmi les plus importants en Europe, d’après des études lancées en mars 2010.

Malgré une controverse très médiatisée sur le sujet, nous sommes encore nombreux à ne pas savoir précisément ce qui caractérise le gaz de schiste et ses procédés d’extraction, quels pourraient être les impacts environnementaux, et quelles pourraient être les retombées économiques d’un commencement d’exploitation de cette ressource.

Commençons par les gaz eux-mêmes : il s’agit d’hydrocarbures, de gaz naturels, que l’on trouve dans des couches de schiste, précisément les shales (terme anglophone), des plaques fines de roche sédimentaire argileuse, à une profondeur allant généralement de 1 à 3 km. Des poches d’huile de schiste, ou du pétrole, simplement, peuvent également s’y trouver. On caractérise ces gaz et huiles de « non conventionnels » par rapport à leur méthode d’extraction : la fracturation hydraulique diffère des méthodes de forage traditionnelles du fait qu’une fois la couche de schistes atteinte, le puits est dévié en une position horizontale qui longe la couche productrice.

On déploie un tube d’acier jusqu’au bout du puits, et il est seulement perforé  au niveau horizontal, afin que le contact soit établie avec la roche. Le haut du puits est cimenté pour se prémunir contre une contamination des nappes phréatiques, car c’est un mélange d’eau, de quelques centaines de produits chimiques et de sable qui est alors envoyé sous très haute pression dans le puits, pour libérer le gaz. Le sable, matériau dit « proppant », a pour effet de garder les fissures ouvertes. L’ensemble remonte à la surface, et l’eau est récupérée dans des cuves.

Observons à présent les arguments des détracteurs :

  • Ces gaz participent à l’augmentation de l’effet de serre, d’autant plus que leur composant principal est le méthane, un hydrocarbure ayant un impact 25 fois plus élevé que le dioxyde de carbone.  On estime qu’il faudrait davantage se focaliser sur les énergies renouvelables plutôt que de se rabattre sur une ressource qui ne pourra être exploitable qu’à court terme.
  • Le procédé d’extraction en lui-même est extrêmement coûteux, il s’agit d’ailleurs de la raison pour laquelle les gaz de schiste étaient délaissés jusqu’à récemment au profit des hydrocarbures conventionnels (pétrole, gaz naturel…).
  • La méthode d’extraction requiert également d’immenses quantités d’eau : on estime que 15 000 m  d’eau sont nécessaires par fracturation effectuée.
  • Les gisements s’étendent sur des espaces très vastes, et l’on craint une invasion de derricks dans le paysage, comme dans les zones d’exploitation aux Etats-Unis, où les gaz de schiste répondent déjà à 12% des besoins du pays en gaz.
  • La pollution des nappes phréatiques est l’argument le plus médiatisé : on a en effet constaté en de multiples points de forage aux Etats-Unis une dégradation souvent dramatique de la qualité de l’eau, contaminée par les éléments chimiques entrant dans la composition des fluides d’extraction (certains reconnus comme cancérigènes) et une très forte teneur en gaz. Ainsi se sont manifestés des cas où l’eau du robinet s’enflammait au contact d’une étincelle, et des problèmes de santé chroniques au sein des populations locales.
Les arguments écologiques ne font que s’échelonner, et apparemment les  gaz de schiste ne peuvent se présenter comme une solution durable aux besoins énergétiques mondiaux. Mais si ces hydrocarbures suscitent un engouement, celui-ci est avant tout économique :
  • Sachant que le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter (il atteint aujourd’hui 112 $), l’extraction des gaz de schiste commence à apparaître comme une solution plus rentable. Par ailleurs, les gisements pétroliers s’épuisent, tandis que les réserves de gaz sont à ce point élevées qu’elles pourraient subvenir aux besoins de l’humanité pendant peut-être un siècle.
  • Cela apparaît comme une solution provisoire pour répondre à la demande croissante en énergie, sachant que le développement des technologies renouvelables est très coûteux en temps et en argent et ne pourra s’attribuer une place significative en France qu’au terme d’une longue campagne de changements structurels.
  • Le fait que la majeure partie des hydrocarbures en France soient issus de l’importation se présente comme une motivation supplémentaire : les réserves (apparemment considérables) de gaz de schiste en France  lui permettraient d’acquérir son autonomie.
Dans la crise énergétique actuelle, les enjeux écologiques sont donc talonnés par les enjeux économiques. La question se montre si complexe qu’elle explique le statu quo adopté par le ministère de l’écologie et le développement durable qui a décidé de suspendre les permis d’exploitation de gaz de schiste pendant une période d’au moins 2 ans, le temps que les techniques d’extraction actuelles, jugées risquées pour l’environnement et la santé, se développent, et que soit menée parallèlement une mission  de recherche scientifique sur le sujet. Mais cela ne retire pas aux groupes industriels le droit de continuer  à explorer les sols à la recherche de gisements prometteurs.