Accident de Fukushima au Japon: Conséquences

Le vendredi 11 mars à 14h46 au Japon, un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter, le plus fort jamais enregistré dans le pays, fait trembler la terre pendant 5 minutes. L’épicentre est très proche des côtes, mais la civilisation nippone est préparée à cette éventualité, et les dégâts restent relativement limités en ville. Dix minutes après le séisme cependant, l’alerte au tsunami est donnée. Une vague, de 6 à 20 mètres de haut selon les endroits, déferle sur le nord du pays, et raye plusieurs villes de la carte. Quand les eaux se retirent, le bilan est très lourd : des ports dévastés,  environ 20 000 morts et disparus, et les inquiétudes fusent au sujet de la centrale nucléaire Fukushima Daiishi.

Cette centrale située près de la ville de Sendaï, à 250 km de Tokyo, compte 6 réacteurs. Lors du séisme, la centrale a automatiquement cessé de fonctionner, mais cela n’a pas empêché les réacteurs de garder une certaine chaleur. La vague détruit les câbles reliant les réacteurs aux groupes électrogènes censés alimenter le système de refroidissement qui régule leur température. La chaleur monte, la pression aussi, on craint une entrée en fusion du cœur des réacteurs. Le lendemain, une explosion retentit dans le réacteur numéro 1, puis lundi c’est au tour du numéro 3, mardi le numéro 2 et le numéro 4, où l’on combat également un incendie.

fukushima au japon

Des fuites radioactives commencent à être détectées, et des mesures de grande envergure sont prises : certains aliments produits dans la zone potentiellement contaminée autour de Fukushima, les épinards notamment, sont interdits à la vente ; 590 000 personnes sont évacuées de la zone à risque ; on déconseille aux mères de donner de l’eau du robinet à leurs nourrissons… Pendant ce temps, tout autour du Japon, la peur grandit, notamment en Chine, et beaucoup voient le spectre de la catastrophe de Tchernobyl refaire surface. La catastrophe est encore classée à un degré de gravité de 6 sur 7, 7 étant le niveau atteint par la catastrophe ukrainienne.

Depuis plus d’un mois les japonais explorent toutes les solutions pour rétablir la stabilité dans le cœur des réacteurs : eau de mer acheminée puis déversée au-dessus des réacteurs par hélicoptère, arrosage intensif d’eau de mer, jusqu’à ce que l’on se rende compte que le sel ralentit le refroidissement, par conséquent passage à l’arrosage à l’eau douce… Des milliers de tonnes d’eau radioactive sont rejetées dans le Pacifique, et le taux de radioactivité sur le site est 100 000 fois supérieur à la normale.

Le 28 mars le groupe japonais TEPCO auquel appartient la centrale de Fukushima lance un appel d’aide aux groupes industriels français spécialistes de la question nucléaire, EDF et AREVA, pour trouver une solution. Le 17 avril, le directeur de TEPCO annonce qu’il faudra environ trois mois pour que le niveau de radioactivité commence à baisser, et de 6 à 9 mois pour faire cesser complètement les fuites radioactives. Aujourd’hui, le niveau de gravité de la catastrophe est passé à 7. On estime qu’une fois que le danger immédiat sera écarté, la région restera inhabitable pendant une, voire plusieurs décennies.

Ce nouvel épisode dans l’ère du nucléaire est un drame pour le Japon, mais il a aussi ébranlé le monde entier. Après une accalmie relative des craintes liées au nuage radioactif, une question a percuté toutes les consciences : peut-on continuer à fermer les yeux face aux risques que comporte l’exploitation de l’énergie nucléaire?

En effet, même si les accidents graves sont restés extrêmement rares depuis le début de l’exploitation de cette ressource, il n’en demeure pas moins que les risques existent, et ils sont de taille, en témoignent les conséquences de l’explosion de la centrale de Tchernobyl en 1984 : on estime à 1 million le nombre total de victimes, sans compter les milliers d’enfants nés avec des malformations irréversibles. On peut même directement remonter au fait qu’il s’agissait au départ d’une arme de guerre, dont le Japon justement, 65 ans plus tard, garde le souvenir douloureux. Plus récemment encore, l’usage d’armes à uranium appauvri pendant la Guerre du Golfe en 1990 a laissé des séquelles profondes chez beaucoup d’irakiens. En faisant abstraction des risques, il y a également les revers liés à l’exploitation de matières radioactives en elle-même : d’une part l’extraction très polluante de l’uranium dans des mines à ciel ouvert, d’autre part l’enfouissement des déchets ultimes extrêmement dangereux issus des centrales. Il existe la possibilité que l’on puisse retrouver ces déchets d’ici quelques générations, même si toutes les précautions sont prises pour que cela ne se produise pas. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’une ressource renouvelable. Le principal argument avancé en faveur de l’énergie nucléaire est son taux d’émissions quasiment nul de gaz à effet de serre, et en cela elle est effectivement beaucoup moins polluante que les hydrocarbures. Elle demeure malgré tout la cible de nombreuses polémiques, surtout en ce moment. On l’accuse souvent d’accaparer trop d’attention au détriment des énergies renouvelables.

Rappelons que la France est dotée d’un parc de 58 réacteurs nucléaires qui lui fournissent 79% de son électricité. Le nucléaire nous permet de garder notre autonomie énergétique, et de vendre les surplus à l’étranger. Par ailleurs, c’est aussi grâce à cela que nous accédons à l’électricité à un prix très compétitif par rapport à nos pays voisins. Mais aujourd’hui l’opinion est divisée, voire très divisée entre les différents courants d’opinion.
  • Certains estiment que notre parc nucléaire est suffisamment fiable pour pouvoir être exploité encore le temps que se développent suffisamment des énergies alternatives.
  • D’autres souhaitent une sortie progressive du nucléaire, qui n’arriverait cependant pas à terme avant au moins 30 ans.
  • Les plus grands adeptes du « Sortir du nucléaire »  demandent le démantèlement des centrales les plus anciennes, comme celle de Fessenheim (en activité depuis 1977) et de celles situées sur des zones « à risque », ainsi que  l’abandon rapide de l’exploitation de l’énergie nucléaire au profit des énergies renouvelables. Certaines personnalités réclament un référendum pour ou contre un arrêt du nucléaire.
Aujourd’hui, les enjeux économiques du nucléaire font plutôt pencher la balance en sa faveur dans l’opinion publique. En pleine crise de pouvoir d’achat, il apparaît délicat d’augmenter encore la facture énergétique des français. Par ailleurs, la technologie nucléaire d’AREVA est réputée et s’exporte très bien à l’étranger, notamment en Chine. La France se trouve dans une difficulté économique qui ne lui permet pas de faire une croix sur cet atout.

Malgré des polémiques brûlantes, il semblerait donc que l’autonomie énergétique de la France reposera sur le nucléaire pendant encore un moment, en dépit des risques encourus, pour nous et pour les générations futures.